“Nous n’améliorerons pas notre résilience économique sans mener à bien la révolution énergétique”

“Nous n’améliorerons pas notre résilience économique sans mener à bien la révolution énergétique” 1772 1180 Caro Guérineau

OPINION. L’impact sans précédent des mesures de lutte contre le COVID n’a pas épargné le paysage énergétique français. Dans ce domaine comme dans bien d’autres, nous prenons conscience de la nécessité de construire un modèle d’une plus grande résilience tirant plein profit des énergies renouvelables locales et décentralisées. C’est en achevant la révolution énergétique que nous revitaliserons nos territoires, et relèverons les défis sanitaires, climatiques et d’autonomie qui se dressent devant nous. Par Stéphanie Andrieu et Arnaud Mine, co-fondateurs et dirigeants d’Urbasolar.

Nous avons les moyens d’avancer sur une dynamique positive, mais il est urgent d’achever la révolution complète des pratiques qui est en cours dans le domaine électrique. Au premier chef, notre capacité à penser en même temps local et global sera une condition sine-qua-non pour développer un modèle davantage résilient.

Les énergies renouvelables ont fait la preuve de leur résistance

D’un point de vue local, il est impératif de s’appuyer sur un système électrique décentralisé capable de transférer un maximum de valeur ajoutée vers nos territoires. Cette dynamique s’inscrit dans une logique d’économie circulaire. C’est un domaine dans lequel le solaire, par ses spécificités, a un grand rôle à jouer. Car il n’y a pas d’économie sans énergie, et il n’y aura pas d’économie circulaire véritablement résiliente sans énergie locale et décentralisée, c’est-à-dire une énergie qui ne soit pas dépendante d’infrastructures de production lointaines basées sur des technologies dépendantes d’une forte présence physique de spécialistes rares, et par ailleurs soumises à des flux de ressources externes comme le gaz, l’uranium ou le pétrole.

C’est pourquoi dès les premiers jours de confinement, nous avons dû nous interroger sur la capacité des producteurs d’électricité de continuer à faire fonctionner efficacement leurs centrales dans le cadre des contraintes sanitaires. Avec ce constat majeur: les infrastructures énergétiques sont d’autant plus résistantes aux épisodes de confinement qui peuvent advenir qu’elles sont peu gourmandes en intervention humaine et que les principes du télétravail et de la télégestion peuvent s’appliquer.

De ce point de vue, les énergies renouvelables en général et la technologie photovoltaïque en particulier ont montré tous leurs avantages, car d’une part elles demandent très peu d’action de maintenance et par ailleurs elles sont complètement adaptées à la révolution numérique aussi bien au niveau de la gestion des chantiers, qu’au niveau de l’opération des centrales. Les équipes de maintenance continuent à travailler dans des conditions adaptées au Covid car elles bénéficient des outils numériques permettant de gérer à distance une multitude d’unités décentralisées.

Ce n’est pas toujours le cas des centrales traditionnelles, nucléaires ou à combustibles fossiles, qui du fait de leur taille et de leur complexité demandent beaucoup de suivi et d’entretien par des experts, tout en comportant des risques d’exploitation élevés. On imagine mal la gravité de la situation, si ces techniciens de haut niveau ne pouvaient plus intervenir sur ce type de centrales.

Des énergies permettant indépendance énergétique et transfert de valeur vers les territoires

Les énergies renouvelables d’aujourd’hui sont des systèmes intelligents qui amènent l’expertise partout grâce à des outils numériques facilitant la gestion d’un vaste réseau de petites installations. Le numérique est ainsi un puissant catalyseur du déploiement des énergies renouvelables sur l’ensemble du territoire.

Ces innovations et technologies de l’intelligence numérique permettent un ré équilibrage de la valeur d’un projet avec une grande part de cette dernière associée au foncier et à l’espace utilisé, le matériel et le savoir-faire des professionnels n’étant qu’une composante complémentaire. C’est donc l’inverse de la répartition de valeur des technologies de production d’énergie avec l’inflation des milliards nécessaire à la construction d’un EPR.

C’est donc sans surprise que l’on observe l’extraordinaire appétit des collectivités locales, qui ont vraiment identifié le photovoltaïque comme étant une solution pour créer de l’emploi et des recettes budgétaires dans des zones où l’activité économique se porte mal, et où les services publics disparaissent où les recettes fiscales ne sont plus la solution de financement des communes. Une centrale solaire peut représenter plusieurs centaines de milliers d’euros récurrents chaque année dans le budget communal. Pour une collectivité, il s’agit d’une opportunité unique de capturer une partie de la valeur générée par cette technologie.

Sur ce point, notons qu’aujourd’hui environ 85% de la valeur ajoutée d’une centrale solaire est fondamentalement locale. La baisse considérable du coût des panneaux photovoltaïques a pour conséquence que le prix de ces derniers, souvent chinois, rapporté à la durée de l’exploitation d’une centrale sur 30 ans, ne représente plus que 15 % des coûts totaux. C’est aussi la raison pour laquelle la question de la relocalisation des usines de panneaux solaires en Europe, qui est possible et souhaitable, n’est pas le réel débat. La structure des coûts d’une centrale photovoltaïque, c’est avant tout de la main d’œuvre locale ce qui fait du photovoltaïque une industrie qui s’inscrit dans les territoires, même avec des panneaux qui ne seraient pas fabriqués en France ou en Europe.

Une énergie décarbonée et compétitive au cœur du nouveau paysage énergétique

Une question essentielle est celle de la concurrence entre les technologies de production non-émettrices de CO2. Qui est capable de produire le kWh décarboné le moins cher aujourd’hui et dans le futur compatible d’avec la lutte contre le changement climatique ?

Sur ce sujet, une partie des français pensent encore que les énergies renouvelables coûtent trop cher, notamment par rapport au nucléaire. Il convient de rappeler ici qu’aujourd’hui le coût du solaire ou de l’éolien est déjà comparable et la plupart du temps inférieur à celui de la quasi-totalité des technologies de production d’électricité dites « classiques ».

En effet, le coût de production de l’électricité solaire a été divisé par dix au cours de la dernière décennie, et cette tendance baissière va continuer. Certes, il y a le sujet du caractère intermittent de la production d’électricité solaire, soulevé par ses détracteurs, mais faut-il rappeler le caractère peu pilotable d’une centrale nucléaire ?

Sur ce propos, il convient de noter tout d’abord que la production solaire est prévisible avec un excellent niveau de justesse grâce à l’amélioration des outils de prévision météorologique et que par ailleurs la gestion fine des consommations par des outils numériques nouveaux permet de fiabiliser en très grande partie l’intégration de cette énergie dans les réseaux électriques. Nous pouvons d’ores et déjà déployer très massivement les énergies renouvelables.

Pour autant une étape définitive pour un déploiement sans limite est liée à la baisse des coûts des technologies de stockage. Mais là aussi l’évolution technologique est en marche, les outils industriels se mettent en place y compris en Europe et nous voyons la mise en place d’infrastructures de stockage électrique sur les réseaux. La bascule est imminente.

L’urgente nécessité d’une ambition nationale et européenne

C’est autour de cette logique territoriale et de cette vision technologique que devra s’articuler une vision européenne de l’alimentation électrique autonome du continent, avec en particulier la construction d’infrastructures transfrontalières de transport d’énergie.

En complément des qualités indéniables des énergies renouvelables pour le monde post COVID qui doit impérativement relever les défis cette crise sanitaire et de celles qui pourraient suivre, mais aussi et surtout relever le défi de la lutte contre le changement climatique, il nous faut une vision et une volonté continentale de refonder une autonomie électrique et décarbonée. Ces énergies sont locales, nous l’avons dit mais il convient aussi de penser global avec de l’éolien plus pertinent dans certaines régions, du solaire dans d’autres. Pour ce système électrique nouveau il convient d’innover et d’investir dans des réseaux européens de transport électrique permettant d’optimiser encore et d’utiliser les meilleures ressources là où elles sont.

Les capacités de stockage compléteront le dispositif. D’ores et déjà, la Banque européenne d’investissement a pris l’engagement ferme de financer une industrie européenne des batteries à hauteur de 1 milliard d’euros pour la seule année 2020. Un vaste de plan de relance lié à la transition énergétique devrait aussi bientôt voir le jour. Ceci est, espérons-le, une véritable prise de conscience de l’importance de l’enjeu par nos élites politiques et financières.

Article paru dans La Tribune le 27/05/2020.

https://www.latribune.fr/entreprises-finance/transitions-ecologiques/nous-n-ameliorerons-pas-notre-resilience-economique-sans-mener-a-bien-la-revolution-energetique-848673.html

 

(Crédits : DR)